ARCHITECTURE DES PRIEURÉS GRANDMONTAINS

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Il reste aujourd'hui en France environ cinquante prieurés qui conservent d'importants éléments d'architecture. Ceux-ci montrent de manière étonnante que les Grandmontains ont dû suivre des instructions exactes lors de la construction de leurs monastères. Pendant un siècle entier, l'ordre suivit avec beaucoup plus de ferveur que les Cisterciens un seul plan-type. Il fut réalisé dans le moindre détail par exemple en ordonnant le nombre de fenêtres de chaque salle du monastère. Toutefois, ce plan-type existait-il sur papier ou était-il transmis oralement ?
 
La disposition des bâtiments dans le monastère grandmontain varie peu. S'agit-il d'un plan-type classique de monastère bénédictin? Ou ce plan-type est-il propre aux Grandmontains ? D'un monastère grandmontain à un autre, quelques variations apparaissent. Comment ces variantes peuvent-elles s'expliquer ? S'agit-il de particularités régionales ou d'initiatives personnelles des travailleurs recrutés ? Existe-t-il des influences suprarégionales ?
 
La comparaison des motifs architecturaux des principaux ordres réformés montre une ressemblance étonnante et un même essai de simplification des formes que chez les Grandmontains. Mais aucun des autres ordres des XIe, XIIe ou XIIIe siècles n'a réussi à concrétiser un plan-type identique avec la même vigueur que les Grandmontains. Les ordres monastiques qui se rapprochèrent le plus de Grandmont dans ce souci de simplification furent les ordres de Vallombreuse en Italie, Artige et Chalais en France. Les ordres de Fontevrault et de Tiron furent fortement influencés par leurs régions et renouvelèrent souvent leurs monastères en les transformant en de grandes installations monumentales. Les Camaldules en Italie et les Chartreux développèrent un type propre. Malgré certaines variations dans le plan au sol, le plan-type est reconnaissable, notamment dans la régularité des formes. S'agissait-il d'un développement parallèle des formes ? Ou d'une influence directe de Grandmont ? Quels ordres furent les modèles des autres ordres ?
 
Tandis que les Camaldules et les Chartreux restèrent des ordres érémitiques, les autres ordres réformés conservèrent seulement par quelques aspects la vie érémitique dans leur architecture. Tous les ordres religieux ont notifié par écrit la forme de leurs monastères. La plupart suivirent scrupuleusement les directives qui s'apparentaient à des lois de construction. Les Cisterciens s'éloignèrent le plus de leur forme originelle, et ce sont pourtant ceux qui eurent le plus de directives architecturales au fil du temps. S'agissait-il donc davantage de critiques concrètes de monastères cisterciens existants que de réelles lois de constructions ?
 
L'étude de l'architecture de Grandmont apporte un nouvel éclairage non seulement sur l'ordre de Grandmont lui-même, mais également sur les ordres monastiques du Moyen-âge. Les spécialistes contemporains citent généralement les Cisterciens comme instigateurs de l'architecture monastique en Europe. Cette renommée architecturale semble être exagérée. L'idéal monastique de pauvreté a plus été respecté dans d'autres ordres, notamment dans celui de Grandmont. Sans vouloir rendre justice aux Grandmontains, cette étude ouvre de nouvelles perspectives dans la connaissance du monachisme européen.